
Par Christian Coq, Jean-Pierre Bacot
Au vu des événements, la Shoah, le goulag, les lager, les Khmers rouges au Cambodge, le conflit yougoslave ou rwandais, la guerre civile algérienne, etc., le 20e siècle est bien celui des génocides, et ce, de la Grande Guerre à nos jours. Ce livre réunit les contributions d'historiens, d'artistes, de philosophes, de sociologues ou de juristes consécutives à une série de huit colloques de réflexion organisés à La Villette sur les massacres du siècle , la question directrice étant "Mémoire et histoire pourquoi se souvenir?". Cet ouvrage reprend cette problématique en étant découpé autour des thèmes suivants. La position du créateur face à la mémoire est difficile. Comment, par exemple, concevoir une ouvre autour d'un génocide. Celle de l'historien évolue autour d'une mission, chercher. Le témoin a le devoir de parler mais comment peut-il s'acquitter de cette tâche? Le philosophe est entre éthique et représentation: "doit-on, peut-on dire, montrer, l'immontrable?". Les autres chapitres cherchent à trouver une définition du génocide devant les limites de la communauté internationale et s'attachent à répondre aux questions suivantes. Que signifie profondément pour une société l'acte, l'exigence de commémorer les conflits? Comment le travail de la mémoire peut-il trouver un langage humain pour exprimer l'inhumain? La dernière partie est consacrée au Tribunal international de La Haye et à son fonctionnement complexe et délicat en rapport avec sa mission, juger. Mémoire labyrinthe où se tapissent les silences traumatiques, où s'enfouissent les souvenirs froissés, où se mythifie l'événement. De la Grande Guerre aux massacres algériens de 1997, le XXe siècle est bien celui des génocides. C'est celui de la Shoah, du Goulag, du cauchemar cambodgien, du drame bosniaque, de la tragédie rwandaise. Comment montrer l'immontrable et exprimer l'horrible ? L'artiste se heurte au rapport à l'intime et à la représentation métaphorique. L'historien tente de lever les secrets, de rétablir des faits parfois reconstruits. Le philosophe revisite les modes de pensée. L'indicible ne pourrait-il générer que du vide ? Pour le témoin qui a vécu le drame, c'est bien un devoir que de donner à voir les traces avant leur effacement. De leur côté, les institutions internationales sont confrontées à une question cruciale : à quel degré d'universalité peut-on situer le crime contre l'humanité ? Témoigner, juger, fouiller le passé, commémorer, autant de gestes indispensables à la mémoire, racine de notre pensée présente. Cet ouvrage a été dirigé par Christian Coq et Jean-Pierre Bacot. Textes issus de 8 séminaires tenus au parc de la Villette les 16, 23, 30 avril, 14, 28 mai, 4, 18 juin 1998 dans le cadre de la manifestation "1914-1998, le travail de mémoire"