
Par Frédéric Gimello-Mesplomb
On connaît la boutade de Raoul Walsh à propos des trois composants essentiels du cinéma : «Action, action, and... action !». Dans les années 1980, alors que l'on croyait la vague des films du «Nouvel Hollywood» tarie avec l'échec du film de Cimino La Porte du paradis (Heaven's Gâte, 1980) qui coule United Artists et rend le pouvoir aux producteurs, les studios hollywoodiens rebondissent en produisant quantité de films dans lesquels l'action devient le principal moteur narratif, prenant volontairement la place d'autres caractéristiques formelles de l'écriture scénaristique. En l'espace d'une dizaine d'années, un nouveau genre, le «film d'action», s'impose ainsi au box-office via une poignée de productions qui conforteront désormais cette appellation générique (Rambo, Terminator, Cobra, Rocky, Delta Force, Invasion USA, Commando...). James M. Welsh distingue au sein du film d'action deux catégories, «action-adventure» et «pure action» : on peut par exemple dire des films de McTiernan qu'ils effectuent régulièrement le passage de l'un à l'autre, dans une démarche de constant resserrement. Pour saisir la fascination pour la mise en scène du grand spectacle, il convient de se souvenir de l'importance du structuralisme dans la vie intellectuelle de la seconde moitié du XXe siècle et de son rôle dans l'acceptation du concept de postmodernité, à l'époque où sont tournés les films les plus spectaculaires du Nouvel Hollywood. Les profonds ajustements structurels qui ont marqué le passage d'un environnement économique fordiste au post-fordisme se sont accompagnés d'une désagrégation des liens sociaux traditionnels et ont semblé marquer du même coup, pour un certain nombre d'intellectuels de la fin des années 1970, et selon l'expression d'un Harvey ou d'un Rorty, le passage de la modernité à la postmodernité. Ainsi, dans le champ des études cinématographiques, si certains auteurs comme Laurent Jullier ou David Bordwell ont pu être influencés par le discours sur la postmodernité en cherchant notamment à en déceler les traces au niveau de l'esthétique des films et de l'articulation possible avec les cognitive evolutionary film studies (en quoi le cinéma postmoderne à grand spectacle joue-t-il directement avec le corps du spectateur ?), d'autres comme Ronald E. Day on en revanche cherché à interroger les nouvelles relations de pouvoir liées à la production et à la réception de ces nouvelles images". Bibliogr. p. 347-360. Filmogr. p. 341-342. Notes bibliogr.