
Par Romain Slocombe
Jouant à merveille des sauts dans le temps, des changements de style narratif, Romain Slocombe nous donne à lire un roman exceptionnel, dont on ne compte pas les scènes mémorables: le moment où le vieil homme affable et trop souriant propose à Paula de prendre sa place dans le train; la scène de la clé qu'il faut à tout prix récupérer dans les toilettes; le face à face, cinquante ans plus tard, entre Jacques Masaran et l'odieux raciste qui a dénoncé Melle Pons... Un roman qui prend le lecteur à la gorge d'un bout à l'autre. À la fois un très grand roman noir et un immense roman de mémoire. Ce polar orchestré avec brio est construit en trois mouvements. Novembre 1942: dans une longue lettre adressée à son petit ami, Jacques Masaran, Paula relate avec la précision d'un documentaire sa fuite éperdue depuis Paris jusqu'en zone libre. Janvier 1943, récit à la 3ème personne : Paula rentre à Paris pour retrouver son père dont elle est sans nouvelles, mais leur ancien appartement est déserté ; commence alors pour Paula une longue errance dans les rues pluvieuses de la capitale, qui devient le théâtre d'un implacable roman noir. Juillet 1997 : sur un site Internet consacré aux enfants juifs cachés pendant la guerre, Jacques Masaran trouve par hasard cette annonce : Bouteille à la mer : qui se souvient de Paula Karlinski' ...